Carnets d'une campagne, dimanche 20 avril

18h53, l'heure des braves...

Une journée très particulière, pièce en un acte, sans rien à voir avec Ettore Scola...

La scène se passe dans un cabinet médical. Un homme est assis derrière son bureau. Sur son visage, une certaine lassitude semble se lire. Soudain, une musique retentit dans la pièce : la célèbre Messe en si mineur, de qui vous savez. François C. décroche son téléphone portable. (le metteur en scène fera le choix de sonoriser l'appareil téléphonique. En effet, il est particulièrement important de rendre vivant les échanges téléphoniques. Un artifice de mise en scène pourrait consister à diviser la scène en deux parties, de manière à les éclairer alternativement ou simultanément et créer ainsi l'illusion de deux lieux différents)

Scène 1

F. C. : Allo ?!!!

  1. M. : Allo, François ! Bonjour, c'est Léopold. Écoute, on a un problème...

F. C. : Oui, je sais, j'ai vu... Il a encore publié un billet... Je ne sais pas s'il va nous lâcher un jour...

  1. M. : Oui, mais cette fois-ci, ça va plus loin que d'habitude... Tu as lu jusqu'au bout ?

F.C. : Ben oui... Il me traite de grand fou, maintenant... Franchement, il exagère !!!

  1. M. : Ben non, c'est pas ça, le souci... C'est quoi, cette histoire d'émission ???

F.C. : Ah oui, ça aussi... Écoute, je n'en sais absolument rien. Tu crois que le public de BAP pourrait ne pas venir pour suivre France 3, samedi ?

  1. M. : Non mais franchement, on s'en fout, de ton BAP. C'est pas ça le problème, franchement... Mais si ils commencent à avoir un écho à la télé, on ne va plus pouvoir faire tout ce qu'on veut !!! Ça c'est grave !

F.C. : T'as raison, mais qu'est-ce qu'on peut faire ???

  1. M. : C'est un peu pour ça que je t'appelais... J'espérais que tu aurais une idée ?

F.C. : En même temps, le spécialiste en communication, c'est pas moi, quand-même. T'as bien vu que quand je fais un discours, je passe pour un type aigri et agressif... Tu devrais peut-être appeler Olivier, non ???

  1. M. : T'as raison, c'est ce que je vais faire... Bon, à vendredi, alors, pour l'inauguration, avec tous les notables de la région !!!

F.C : Ouaih, à Vendredi.

Les deux raccrochent. Côté jardin, François se lève de derrière son bureau, et fait les 100 pas en marmonnant, l'air étrangement excédé : « Grand fou... grand fou... Grand fou !!! » Le comédien veillera à varier les intentions, abattu, consterné, colérique... Il faut faire sentir au public un homme au bord de la crise de nerfs... Peu à peu, la lumière baisse sur ce tableau...

Côté cour, Léopold fouille désespérément dans son bureau pour rechercher un agenda, puis un annuaire téléphonique. Des mots scandent ses recherches, en boucle : « Alors, le numéro d'Olivier, voyons, alors... C'est où ?... » Le bureau devra être très ancien, et pourvu d'un antique téléphone à cadran...Une fois la lumière totalement éteinte côté jardin, Léopold finit par trouver un annuaire, et finit par trouver le numéro tant convoité... Le temps de le composer et voici les sonneries qui retentissent. La lumière revient côté jardin... Un intérieur cossu, mais vieillot. La sonnerie de « We are the champions !!! » Un homme, assez grand, cheveux courts, vient décrocher.

Scène 2

O. S. : Allo ? Who's speaking ???

  1. M. : Oui, Olivier, arrête de faire l'andouille... On a un souci !

O. S. : Oui, je sais... J'ai lu, ce matin... Je crois que François est copain avec ce type, là, qui écrit tous ces trucs sur nous. Ou en tous cas, ils sont sacrément complices. Il l'appelle grand fou, maintenant !

  1. M. : Bon, décidément, tu dis bien que des âneries... Je me demande pourquoi je t'appelle ?!!! C'est pas ça le problème. T'es au courant de cette histoire de reportage, sur la liste d'opposition ?

O. S. : Ah, oui, ça aussi... Ben non !!!

  1. M. : Bon, écoute, c'est le moment de faire jouer tes relations professionnelles dans le domaine de la com. Je veux tout savoir sur cette émission, et surtout savoir comment faire en sorte qu'elle ne soit pas diffusée.

O. S. : Ah oui, t'as peur que le public ne vienne pas à BAP pour pouvoir regarder ça ?

  1. M. : Mais vous m'emm... avec votre BAP. C'est pas le problème, enfin ? Vous êtes pas vrais...

O. S. : Ben, alors, c'est quoi, le problème ???

  1. M. : A ton avis, si ils commencent à avoir de la presse, tu crois qu'on a la moindre chance la prochaine fois ??? Déjà qu'on a été catastrophiques cette fois-ci, heureusement qu'ils sont partis un peu tard... Parce que sinon, mon cumul des mandats, je pouvais m'asseoir dessus... Et je te rappelle qu'il me reste encore des échéances, moi !!!

O. S. : Ah, oui, évidemment... Bon, écoute, ne t'inquiète pas, je suis un pro. Donc j'appelle tout de suite la belle-soeur du tonton de mon arrière grand-tante par alliance du côté du second mari de ma belle-fille, dont un ami connaît un gars qui est copain avec un technicien de France 3... Normalement, d'ici une ou deux semaines, je devrais avoir des infos !!!

  1. M. : Ah d'accord... Je vois !!! A ce moment là, le mieux, ce serait peut-être que tu enregistres l'émission... On gagnera du temps !

O. S. : L'enregistrer ??? Tu veux dire qu'il existe des appareils qui permettent d'enregistrer des émissions qui passent à la télé ??? En fait, j''avais plutôt l'intention de la regarder... Tu crois que François m'en voudra si je ne viens pas à BAP ?

  1. M. (un peu abattu...): Non, laisse tomber !!! Allez, à une prochaine !

Les deux raccrochent. Côté jardin, la lumière baisse rapidement, pendant qu'Olivier regarde son téléphone de manière pensive. Côté cour, Léopold semble extrêmement abattu, la tête dans les bras... Il prononce en boucle : « Des bras cassés !!! C'est pas possible, je suis entouré de bras cassés !!! Mais qu'est-ce qu'j'peux faire avec des branques pareils !!! Bon, qui j'appelle, maintenant ??? J'vais appeler Jérôme, ça va me changer, de parler avec un winner !!! » La lumière revient côté jardin. Une salle de conseil municipal, luxueuse... Un homme d'une quarantaine d'années, le visage jovial du commercial au sommet de son art, est assis dans le fauteuil du maire, devant son ordinateur portable. Il caresse avec un air extatique son écharpe de premier magistrat. Côté cour, Léopold, après avoir cherché partout le numéro (même jeu qu'entre la scène 1 et la scène 2), compose le numéro. Dans la salle du conseil, un portable sonne (l'air de Tourner les serviettes).

Scène 3

J. B. (débit très rapide, ne laisse pas le temps à son interlocuteur d'en placer une) : Allo, Léopold ! Tiens, j'suis content qu'tu m'appelles ! Tu vas bien ? Dis, t'as vu le blog de ton pote, ce matin.. Qu'est-ce qu'il vous met !!! Moi, tous les matins, c'est le premier truc que je lis, même avant le Canard Enchaîné, le mercredi !Et tous mes conseillers vont regarder la 3, samedi, histoire de voir à quoi il ressemble, le bougre... Enfin, moi, j'dis ça, j'dis rien ! T'as vu, je lui repique même ses tics de langage ! Bref, à part ça, j'espère que ça va pas vous poser des problèmes, pour BAP. En tous cas, je peux t'assurer que je pense à toi tous les matins, en lisant le blog. Et, franchement, tu veux que je te dise : t'aurais dû l'embaucher quand il t'a fait sa lettre de motivation. Franchement, si ça se trouve, c'est un type vénal qu'on peut acheter. Et en tous cas, ça t'aurait rien coûté d'essayer !!! Bref, avec tout ça, j'ai encore plein de trucs à faire, moi, dans ma journée... Allez, je te laisse ! Content d'avoir eu de tes nouvelles. Enfin, remarque, j'en ai tous les jours ! Lol. Allez, à plus !!!

Il raccroche. Côté cour, Léopold reste assommé devant ce flot de paroles, et regarde son combiné téléphonique d'un air hébété, voire abasourdi, voire les deux ! La lumière a baissé sur le côté jardin, très rapidement. Côté cour, elle descend très progressivement, en même temps que Léopold peu à peu s'avachit sur son bureau, laissant tomber son combiné téléphonique qui pend pathétiquement au bout de son fil... Une poursuite éclaire une pendule, suspendue au dessus de la scène, et qui fait plusieurs tours de cadran... Quelques jours plus tard, donc... Salle de réception d'une mairie. Léopold, François, Olivier sont en train de boire du champagne. Ambiance très détendue...

Scène 4

F. C. (chante): On a gagné, on a gagné !!!

  1. M. : Bon, ben voilà, finalement, je n' croyais pas, mais tu as réussi, Olivier... Il est pas passé, le reportage. Bravo, et tu remercieras la belle-sœur de je sais plus qui...

O. S. (perplexe): Euh... Oui... c'est à dire que...

F.C. (toujours chantant) : Ils ont perdu, ils ont perdu !!!

  1. M. : Ça va François... Pour l'instant, il n'est pas passé... C'est toujours ça de gagné, mais tu penses bien qu'il ne va pas nous lâcher, l'autre... Tu ferais mieux de surveiller tes arrières …

F. C. (soudainement inquiet): Ah bon, tu crois qu'ils peuvent le passer plus tard ? Olivier, elle t'a dit quoi la belle-sœur du tonton de ta belle-fille ???

O. S. : Euh, c'est à dire que...

Un téléphone interrompt fort opportunément la phrase d'Olivier. Un dring dring du plus bel effet, venant de la pièce d'à côté... Une secrétaire ouvre la porte et apporte le téléphone à cadran à Léopold, qui décroche. Côté jardin, la lumière s'allume et on reconnaît la salle du conseil municipal précédente, avec toujours Jérôme B. à l'autre bout du téléphone, les pieds sur la table du conseil...

  1. M . : Allo ?!!!

J. B. (toujours le même débit ultra-rapide): Allo. Salut Léo, ça boume... Bon, dis, t'as lu le billet d'aujourd'hui ??? Il vient juste de tomber. Hé, sans déconner, c'est énorme... Il vous a fait une blague, le gars... Et je crois bien qu'il y a une fuite dans votre équipe, parce que, en fait, il sait tout. Les coups de fil, la panique, etc. Il raconte tout, même la fin de l'histoire... Tiens, par exemple, là, tout de suite, il sait que tu es avec Olivier et François, en train de fêter la fin de BAP, et surtout la non diffusion du reportage... Bon, je te laisse, c'est la fin de mon dialogue... Je lis à mesure, histoire de pas me gourer... Allez, à plus ! Et surtout, oublie-moi. Je n'ai pas très envie qu'il se mette à parler de moi dans son blog... Salut !!!

Il raccroche, tandis que côté cour, Léopold contemple son téléphone, comme sonné (c'est bien, comme jeu de mot, ça, non?). Même jeu que scène précédente... Le noir se fait peu à peu, tandis qu'on entend en fond sonore, sur l'air de Comme d'habitude :

Je me lève, j'allume mon ordi
Je vais voir son blog
Comme d'habitude
Bien sûr, il y a un billet
J'suis sûr qu'il parle de moi
Comme d'habitude
Et oui, il m'appelle grand fou
J'ai envie d'pleurer
Comme d'habitude
Mais lui, je crois qu'il s'en fout
Comme d'habitude

Alors, j'vais au(x) cabinet(s)
Il faut que j'évacue
Comme d'habitude
Tout seul je lis Paris-Match
C'est vrai qu'c'est consternant
Comme d'habitude
J'écoute un morceau de Bach
Pour me rassurer
Comme d'habitude
Bientôt, y aura Bach à Pâques
Comme d'habitude

Comme d'habitude, toute la journée
Je vais t'attendre impatiemment
Comme d'habitude, tel un bateau ivre
Comme d'habitude, j'aurai envie d'te lire
Comme d'habitude, bien sûr j'aurai mes livres
Comme d'habitude

Et puis le jour s'en ira
Moi je rentrerai
Comme d'habitude
Toi, tu n'auras pas écrit
Pas encore publié
Comme d'habitude
Tout triste j'irai me coucher
Sans un mot de toi
Comme d'habitude
Mes larmes, je les cacherai
Comme d'habitude

Comme d'habitude, même la nuit
Je vais rêver de tes écrits
Comme d'habitude j'y penserai
Comme d'habitude je cauchemarderai
Comme d'habitude tu t'en gausseras
Comme d'habitude

Comme d'habitude tu écriras
Comme d'habitude tu publieras
Comme d'habitude tu t'endormiras
Comme d'habitude

Comme d'habitude dès le lendemain
Comme d'habitude je lirai tes mots
Comme d'habitude on recommencera...

Enfin, moi, j'dis ça, j'dis rien...

Stéphane, un candidat bat la campagne...

PS : vous êtes nombreux à me réclamer les liens vers les billets précédents... Les voici :

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dimanche 13 avril

mardi 1er avril

samedi 29 mars

vendredi 28 mars

jeudi 27 mars

mercredi 26 mars

mardi 25 mars

lundi 24 mars

dimanche 23 mars

vendredi 21 mars ter

vendredi 21 mars bis

vendredi 21 mars

jeudi 20 mars

mercredi 19 mars

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lundi 17 mars

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jeudi 13 mars

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